Un renoncement

Je crois que même s’il me disait un jour ce que je veux entendre, je ne le croirais plus. Même s’il se répandait en mots forts de sens et de symboles, même s’il me criait son amour, son manque et son désir, j’aurais des doutes. Il ne sait dire de belles choses profondes que poussé à bout, sitôt rassuré il redevient papillon.

Sa nature n’est pas dans l’expression de lui-même. Sa nature est dans le charme, la séduction, la légèreté. Dans le sourire et dans une forme d’innocence.

Lui croirait sa démarche sincère, et il aurait raison. Il se dépasserait, il sortirait de ses rails et ne se reconnaîtrait plus. Il se sentirait peut-être perdu en constatant qu’un de ses repères disparaît.

Mais je n’ai plus la force, et je sais que même s’il tremble un peu sur son axe, sa vitesse de rotation et son sens ne changeront pas. Alors, pour reprendre TERZIEFF une nouvelle fois : je ne l’aiderai pas.

Est-ce que j’ai perdu en naïveté ? En capacité à m’émouvoir ? En capacité d’aimer ? En empathie ? Je trouve moche de dire que je ne suis plus dupe, pourtant il y a de ça.

Non, j’ai simplement assez donné dans l’interprété. J’ai vu, j’ai porté, j’ai cru, mais je sais que j’étais la seule à voir. Certains tempéraments ne sont pas faits pour voir la beauté, ils se contentent de la créer et de l’habiter sans le savoir. Ce sont les autres qui voient et qui sont touchés.

Mais moi je n’ai plus envie de faire leur chemin à leur place. Je n’ai plus envie de leur souffler quoi que ce soit, je n’ai plus la force. J’ai trop démarré au quart de tour, trop confondu les lumières du réverbère avec celles de l’étoile.

Je sais que je connaîtrai encore des montagnes russes, c’est inévitable car je suis passionnée, mais ce sera avec un autre.

Alors même si lui savait trouver les mots, même si mon cœur en était bouleversé et que je devais lutter pour ne pas céder, je sais maintenant que ça ne servirait à rien de répondre. Tu as du chemin à faire, petit scarabée.

Quelque chose est fini mais je ne suis pas brisée pour autant. Je croirai encore ces mots, je le sais, parce que je ne suis pas stratège et que je ne vois pas la malice chez l’autre. Et parce que je suis réceptive à ce que je perçois. J’ai souvent eu la certitude que je voyais l’autre.

Je ne me suis jamais arrêtée aux mots réducteurs et passe-partout, les mots à la mode. Je sais que chacun cherche l’amour, même s’il refuse de le reconnaître. Aux portes de la mort on ne parle pas de haine, on parle d’amour, on libère ce qu’on n’avait jamais libéré jusque là. Mais de son vivant on le tait, on le cache, parce que faudrait pas croire qu’on est une mauviette.

J’ai toujours spontanément vu au-delà de certains mots clichés, et c’est cette capacité d’abstraction qui m’a permis de vivre des choses merveilleuses. Mais j’en ai marre qu’on n’appelle pas un chat un chat.

Dorénavant j’irai vers ceux qui sauront parler de chats.