Raisons d’être et/ou raisons convenues

Un blog doit-il forcément apporter une information utile aux autres ? Doit-il forcément être à destination de ? Forcément à visée communautaire ? Collective ?

Ce n’est pas l’esprit dans lequel j’écris. Je n’ai rien à apporter, je n’ai rien décidé d’apporter. Quant aux autres, ils ne m’apportent pas toujours ce qu’ils avaient prévu.

Observation qui enseigne

Moi, j’aime observer, c’est de là que j’apprends.

J’aime observer celui qui vit, celui qui est lui-même et qui oublie qu’il est vu. C’est lorsqu’il l’oublie que je fais ma récolte, que je comprends, que j’aime, que je désire. Ce n’est pas quand il décide de partager, au contraire : c’est quand il est. Quand il décide de ce qu’il donne, il est encore dans le contrôle et c’est moins intéressant.

J’ai toujours ressenti de la fascination à la vue d’un individu absorbé par une tâche, accomplissant ses gestes avec précision, presque amoureusement. Je me dis qu’il est quelque part, je ne sais pas où, et ça me donne envie de savoir où est cet ailleurs à l’air si apaisant. Je l’envie. On désire toujours ce qui nous échappe et nous semble mystérieux, et en désirant, par la force de l’obsession, on apprend.

C’est le même principe quand je lis un blog, j’ai le sentiment de regarder une intégrité par le trou de la serrure, je me sens petite souris. Ou mouche. C’est une observation presque tendre, attentive mais aussi critique. Une observation désintéressée, sans but mais ouverte.

De la légitimité des autres et de la mienne

J’admire les gens qui s’offrent tels qu’ils sont, et pour moi ils ont une totale légitimité à s’exprimer, même s’ils n’ont aucune intention d’apporter quelque chose.

Bien sûr, si je me pose ces questions c’est que je doute de l’utilité de mon blog, de son droit d’exister. Je doute aussi parfois de ma propre intégrité, de mon intention. Je doute de ma place ici.
Bien sûr, j’avertis dans l’a-propos que je ne suis pas une femme d’extérieur. Mais est-ce que ça suffit pour légitimer ce blog ? Est-ce que ça m’autorise à prendre cette place virtuelle ?

Et alors que je trouve magnifiques les blogs écrits par des personnes qui se parlent à elles-mêmes, sans chercher de réaction spécifique – du moins en apparence – je trouve le mien petit. Terne. Auto centré. Pas drôle.

J’aime lire les autres, certains autres, mais je n’en ressors jamais indemne. Il me faut du temps pour redevenir amie avec l’idée que tout en étant autre, j’ai le droit d’exister, moi aussi. Que je suis complémentaire, sûrement.

L’esprit de compétition m’a quittée il y a longtemps. Pourtant, même si le renoncement me calme, j’en suis encore, un peu, parfois, à me comparer et à me trouver en-dessous. C’est comme une vieille couverture usée jusqu’à la trame dont je n’arrive pas à me séparer.