Prendre part

Ce texte s’inscrit dans une série de réflexions sur une expérience de sexualité tantrique ratée.

~°~°~

Il ne suffit pas de regarder les étoiles dans ses yeux et de voir qu’il est profondément ému. Il ne suffit pas d’aimer voir ses yeux qui se mouillent, sa respiration qui se dérègle, il ne suffit pas de voir sa poitrine se soulever à un rythme plus rapide, il ne suffit pas de remarquer un léger tremblement, un regard soudain différent, comme si l’âme apparaissait enfin dans les yeux.

Il ne suffit pas d’être touché quand l’autre perd de son assurance et qu’il bredouille, qu’il cherche ses mots, qu’il demande en s’exposant au rejet, qu’il n’est plus une machine en pilote automatique mais qu’il a repris son propre pilotage et qu’il fait maintenant du sur-mesure et de l’immédiat spontané.

C’est agréable de constater qu’on fait réagir, ça crée un lien plus profond encore, un vrai lien inconscient qui se met à jour. Mais ça ne suffit pas.

Or je si ne n’étais pas capable de vivre les émotions fortes liées à la sexualité, j’étais tout aussi incapable de les montrer.

Pourtant il n’y a rien de plus beau que de montrer son émoi, que d’offrir à l’autre sa fragilité. C’est magnifique pour soi-même. C’est une libération ! La libération que beaucoup cherchent dans l’orgasme peut être vécue bien en amont déjà, par la simple conscience de s’offrir nu.

À l’époque j’avais voulu faire l’indifférente.

Je ne voulais pas qu’il voit les effets physiques de mon trouble. Je ne voulais pas qu’il sente que malgré le fait qu’il ne me plaisait pas, j’étais troublée. Je ne voulais pas qu’il entende le saccadé de ma respiration. Je ne voulais pas qu’il me voie rougir, je ne voulais pas qu’il sente mes mains moites, je ne voulais pas qu’il lise mon désarroi dans mes yeux, je ne voulais pas me montrer désarmée dans cette situation dont je n’avais pas l’habitude et pour laquelle je n’avais donc jamais eu l’occasion de me composer une attitude de surface – puisque c’était ma tendance. Je ne voulais pas qu’il me voie ou me sente trembler.

Je voulais garder le contrôle de mes réactions physiologiques, je ne voulais pas que quelque chose que je n’aurais pas souhaité m’échappe. Je ne voulais pas être surprise de ce qui m’arrivait, je ne voulais pas prendre le risque que mon corps réagisse contre ma volonté, qu’il me trahisse et réduise à néant l’apparence d’indifférence que je voulais donner au monde. Je ne voulais pas me sentir percée à jour. Je ne voulais pas être vue faible, je ne voulais pas qu’on puisse dire « ah, tu vois !« .

Je ne voulais pas donner ce que je n’aurais pas pu reprendre.