l’Autre

Il y a « les autres », et il y a « l’Autre ».

Les autres, ce sont les indéfinis. C’est la masse.

Si j’étais une femme collective, alors c’est à eux que je mettrais une majuscule, parce que je glorifierais plus la communauté que l’individu. Les actions communes me parleraient plus que les actions individuelles. Idem pour les pensées. Si j’étais collective, d’ailleurs, je ne parlerais peut-être même pas des autres, puisque je considérerais faire partie d’eux. Eux seraient moi.

Mais l’Autre…

Quand je parle de l’Autre, il s’agit toujours d’Amour. Toujours. Par la majuscule et le singulier je le distingue des autres qui ne sont pas lui, qui ne me touchent pas. La majuscule témoigne de la valeur que je lui confère. Il sort du lot, il n’est plus indéfini pour moi. À lui je donne accès à ma sphère intime.

Il est celui que j’aime sans être quelqu’un de précis. C’est le symbole de celui qui compte dans l’absolu, passé présent ou futur. Il est celui avec qui j’oublie que le reste du monde existe, celui avec qui j’ai envie d’être seule.

L’Autre n’est pas moi. Si par émotion il m’arrive de m’imaginer me fondre en lui, je fais pourtant bien la distinction entre lui et moi. Je ne dis jamais nous, ou on. Je n’utilise jamais le mot couple. Je reconnais les deux individualités, en partie opposées, en partie complémentaires, en partie semblables.

L’Autre, c’est Lui. C’est l’Unique.