Mon temps à moi

C’est ce qui ressort de la séance. Ce que je comprends et qui m’apaise. Une nouvelle idée à laquelle penser lorsque je sens que l’angoisse commence à devenir un peu trop présente.

Mon temps à moi.

Ce qui se passe autour dans le monde, en France et dans ma région, peut-être même chez mes voisins – peut-être même chez moi et je ne le sais pas encore – ne devrait pas avoir de prise sur ce qui est intemporel au fond de moi. L’intemporel qui est ma temporalité intérieure. Le temps de l’interrogation, de l’introspection, de l’intériorité, et qui se trouve en décalage complet avec l’agitation des média et l’agitation des autres en règle générale. Intérieurement je suis à l’arrêt. J’ai plongé mon hameçon au fond et j’ai trouvé une grotte sous-marine, spacieuse, éclairée chaleureusement et gaiement. Un peu à la manière de ceux qui vivent isolés sur une plateforme pétrolière, dans l’espace ou dans des lieux reculés, j’ai ma propre temporalité qui s’y dessine. Mon espace, mon univers.

Je le comprends, je peux choisir de me laisser envahir par la peur et me mettre à vivre au rythme des journaux télévisés, être secouée à chaque fois, et si je ne prends pas garde à m’en éloigner assez longtemps, ne plus avoir le temps de revenir à moi avant qu’une nouvelle couche de données anxiogènes s’ajoute aux précédentes pas encore résorbées.

Je peux choisir de me faire confiance. De m’écouter. D’écouter ce qui se passe en moi et qui m’importe plus, qui m’intéresse plus, mais qui n’est pas dans l’air du temps devenu unanime.

Mes centres d’intérêts sont peut-être aussi ceux d’autres personnes, mais je ne suis aucun mouvement de masse. Mes centres d’intérêts sont intemporels aussi, personnels.

En gros, je peux choisir de me plonger dans un livre, de réfléchir à ce que j’écrirais sur telle ou telle personne le jour où je me mettrai à faire des portraits subjectifs sans colère, sans pour autant avoir l’impression qu’il se passe autre chose de plus important en ce moment. Ce qui est en moi est plus important que tout le reste.

Je le sais, je sens cette connexion, oui.

Je sens que ce que j’ai appelé angoisse aujourd’hui n’a absolument rien à voir avec la panique échevelée de ces deux dernières années. Aujourd’hui je suis capable de regarder mon angoisse et de me dire qu’elle est en train de prendre trop de place, et de rectifier.

Je ne nie pas mes émotions pour autant, mais il est possible qu’en ce moment je sois capable de regarder de l’extérieur sans faire trop d’effort, et de me rendre compte que si je continue dans cette direction je vais dérailler pour de bon. Avant, je ne m’en rendais compte qu’après le déraillement.

Je ne nie pas mon inquiétude, mais je choisis de ne pas la laisser m’engloutir.

C’est quelque chose que j’ai remarqué depuis la maladie de ma mère en début d’année dernière : quand les choses sont vraiment graves, j’ai ce recul qui me fait défaut en général. Le stress et l’angoisse semblent se nourrir d’incertitudes et de possibilités. Mais quand le danger est là, quand le moment est vraiment grave, stress et angoisse semblent disparaître. L’inquiétude sourde se montre parfois, mais rien à voir avec l’affolement dans tous les sens. Le grave concentre ce qui en temps ordinaire s’éparpille partout faute de quelque chose pour le canaliser.

Et là je repense à mon tout premier message sur ce blog : et si l’angoisse était une chance. Une pulsion, un flux, un élan, qui faute de trouver quelque chose à investir d’une manière positivement passionnée, va se greffer sur du flou indéfini, menace vague mais partout à la fois.

L’angoisse comme une preuve de vie qui cherche à être utilisée. Je disais ça aussi, je crois, dans ce texte.