Lourdeur du vide

J’ai expérimenté le mois dernier le vide réjouissant, le vide perçu comme l’approche de quelque chose de nouveau qui n’est pas encore là. J’accueillais à bras ouvert le néant, heureuse et optimiste, car je savais que comme le dit Marie-Madeleine DAVY, mon désert finirait bien par se transformer en jardin.

Depuis quelques jours j’expérimente – à nouveau – le vide dans sa lourdeur.

Lourdeur de mon intérieur qui n’arrive à s’accrocher à rien et qui s’étire dans mon silence. Le non-silence extérieur, paradoxalement, accentue mon sentiment de pesanteur. Je contemple ma vie qui semble ne plus m’appartenir et je me cherche : mais où je suis, là ? Question qui me revient souvent. Tout me pèse. Je me sens étrangère chez moi.

L’extérieur, que je cherche à maintenir à distance afin qu’il perde en importance dans ma vie, me rattrape malgré moi. Ils ont l’air heureux, eux, de ne pas s’occuper des autres. Chaque coup qu’ils impriment sur mon plafond m’enfonce un peu plus, me tasse, m’abrutit. Je sursaute, stoppée au milieu de moi-même, comme réveillée brutalement, la coquille pas encore refermée, ouverte à la maltraitance sonore des sans-gênes. Aucun moyen d’y échapper.

Je ne peux pas dire que je me sente perdue, non. Je ne ressens pas la panique de l’été dernier. Je me sens juste intensément vide, sombre et inatteignable au fond de ce vide.

Alors, faute de mieux, je m’accroche à des symptômes nouveaux, aux signes du vieillissement que je ne peux plus ignorer, je me sens en fin de cycle et ça ne me réjouis pas. J’ai beau me dire que je vais bientôt atteindre l’âge que j’ai toujours eu dans ma tête, je ne me sens pas en harmonie pour autant.

Je suis certainement dans une phase de transition, mais celle-ci me semble plus marquée et plus durable que les précédentes.

L’acceptation va et vient et j’oublie trop facilement mon nouveau fatalisme quand je m’intéresse à quelqu’un. Il faudrait qu’il devienne un tapis permanent, un fond apaisé qui m’aiderait à tenir quand la passion s’envole. Pour l’instant, quand elle s’envole, je m’envole encore avec elle.

Je ne sais pas si je dois rester dans mon vide en attendant l’étincelle spontanée qui surgit du rien, ou bien si je dois, pour survivre et ne pas descendre trop loin dans le magma, volontairement souffler sur une braise encore tiède pour faire renaître quelques flammes temporaires. J’ai le sentiment que ce serait artificiel, mais en même temps quelque chose me dit que non. Il faudra que je creuse ça