L’importance définitive du moment

Ça se rapproche un peu des sessions de et si qui persécutent par moments. Le et si s’attache aux conséquences d’un événement passé ou futur. Mon idée s’attache au choix du moment.

Ma certitude, mais je n’en aurai jamais la confirmation, c’est que le résultat dépend du moment.

La première fois c’était devant un de ces jeux d’argent à gratter : j’ai imaginé que le montant du gain, sous sa pellicule grise, n’était pas encore déterminé. J’ai imaginé que si j’attendais quelques secondes, quelques minutes, alors le montant ne serait plus le même. J’avais la conviction que le choix ne se ferait qu’à l’instant précis où la pièce de monnaie commencerait à découvrir le chiffre caché.

J’ai toujours cette conviction.

Je la vois comme un trésor personnel, quelque chose qui fait que je suis moi. Et puis je me dis que je tiens peut-être là une vraie pensée philosophique, pas nouvelle j’imagine : les choses n’existent-elles que parce qu’on les voit ou parce qu’on a conscience de leur existence ?

J’aime l’idée du choix qui fixe et fait mourir les autres possibilités dans la seconde. Ce qui a été choisi ne pourra plus jamais être dé-choisi – on ne peut pas remonter le temps – et ce qui n’a pas été choisi ne pourra plus jamais l’être dans les conditions exactement identiques.

Qu’est-ce que ça révèle de ma façon de penser ?

Une tendance à me considérer responsable de ce sur quoi je n’ai probablement aucun pouvoir. Une perméabilité au concept du destin. Une capacité au renoncement total. Un besoin de mystère et de non-réponse. Et aussi une forme d’excitation à l’idée de ce qui est abandonné à jamais. C’est curieux.

Je m’apprête à dire un truc que je n’ai jamais dit, mais ce soir je m’aime.