Autres références

Toutes les références sont bonnes tant qu’elles m’apprennent quelque chose et m’aident à évoluer. En donnant corps à un soupçon, en me permettant de mettre des mots sur une pensée jusque-là floue, elles m’ouvrent brusquement l’esprit. La lumière d’une compréhension nouvelle s’allume.

Cette fois, mes références proviennent de l’Amour est dans le pré 2018.

La première référence est en réalité un contre-exemple

C’est cet homme perdu dans ses émotions – comme je peux l’être encore parfois – qui répétait à l’infini les mêmes mots : “c’est fort, c’est trop fort, c’est fou, c’est dingue”. Il n’a jamais expliqué en quoi ce qu’il était en train de vivre était exceptionnellement fort. Il reconnaissait toutefois, probablement sans se rendre compte de sa lucidité et toujours sans donner d’explications, qu’il ne savait pas comment il allait faire.

Le pauvre posait sur l’agricultrice un regard écarquillé, plein de sous-entendus amoureux. Il espérait qu’elle comprendrait ce qu’il voulait dire simplement en observant les étoiles dans ses yeux. Il était sous l’emprise de son émotion en permanence, il n’a jamais cherché plus loin.

Il a fini par renoncer. Peut-être parce que ce ressenti le dépassait, ou peut-être parce qu’il s’est finalement rendu compte que son incapacité à mettre des mots érigeait un mur entre lui et sa Dulcinée, et que, de la même façon qu’une feuille de papier froissé ne reprendra jamais son aspect lisse même à coup de fer à repasser, sa relation avec cette femme resterait entachée de la non-communication des débuts, qui planerait comme une menace.

Une émotive intellectuelle

Ma seconde référence est cette femme très émue et pourtant très posée.

Elle souffrait de l’attitude équivoque de l’agriculteur vis-à-vis d’autres prétendantes. Leur intérêt apportait du baume sur son cœur d’oublié sentimental traumatisé de la vie, alors il tentait de ménager la chèvre et le chou. Bien que son cœur batte pour cette femme de qui il se sentait proche, il leur répondait aimablement sans se rendre compte qu’il les autorisait à espérer. Il connaissait pourtant leurs attentes. Il justifiait son comportement par son désir d’être gentil avec ces femmes qui réclamaient son attention. Il se sentait peut-être responsable, coupable de ne pas pouvoir les satisfaire plus car il avait déjà choisi. Ou bien, plus criminellement, il les gardait seulement sous le coude.

Son erreur n’est pas d’avoir voulu être aimable avec ces femmes parce qu’elles l’attendrissaient, c’est même très humain. Non. Son erreur a été de le faire devant sa prétendante officielle, celle pour qui il avait eu un coup de foudre dès le départ, mais qu’il ne savait pas protéger de son indécision. Il lui faisait porter involontairement le poids de ses névroses.

Cette femme-là lui ressemblait beaucoup émotionnellement. Elle aussi était une abîmée de la vie et souffrait de solitude. La différence est qu’elle avait une compréhension plus fine de ce qui se jouait devant ses yeux et qu’elle savait analyser en quoi ça la troublait.

Elle a réussi à mettre en mots ce qu’elle ressentait, très calmement car c’était digéré en elle. Des mots qui sonnaient impitoyablement le glas de la période de grâce qu’est le début d’une relation. Mais des mots qui exprimaient son intégrité et son refus de subir ce qui la faisait souffrir.

Chez elle l’émotion est moins visible, et je ne suis pas sûre de pouvoir m’intéresser à une personne aussi calme, mais elle a une partie de ce que je recherche chez quelqu’un pour me rapprocher de lui : l’esprit d’analyse, la recherche du sens, l’intégrité et la capacité au renoncement.

J’admire sa calme lucidité et son intégrité assumée. Les apparences sont peut-être trompeuses, mais elle me donne l’impression d’avoir un accès facile aux mots. Je lui envie ça aussi.