L’envers d’une imprécision dans une situation inédite

Je suis obsédée par une phrase qui tourne en boucle dans ma tête et qui, je le constate à chaque texte publié ici, impacte ma façon de le concevoir et de l’écrire. J’y perds pour l’instant une partie de ma spontanéité et ça me gêne un peu. Il n’y a pas de fumée sans feu, c’est évident. J’ai essayé plusieurs fois de réfléchir dessus mais je ne fais que m’embourber et donner raison à cette phrase. Même là, j’ai l’impression d’être en train de lui donner raison.

Pourquoi je tourne en rond ? Parce que je suis dedans, je ne vois que les contours intérieurs. Je suis Truman BURBANK. Pour commencer à mettre un pied à l’extérieur, il faut déjà prendre conscience de l’existence de cet extérieur. C’est la condition de base pour ne serait-ce qu’envisager de déplacer son angle de vue. Parce que même quand on sait que quelque chose cloche, tant qu’on est empêtré dedans on ne peut pas s’en sortir. Il faut le déclic, le petit truc qui secoue quand on ne s’y attend pas. Dans mon cas ce fut la remarque d’une personne.

Si la personne en question était stupide ou si elle avait jeté ça sur un mode défensif pour clore la conversation, ça m’aurait moins travaillé et moins longtemps. J’aurais compris que ce n’était qu’une façon de fuir. Mais ce n’est pas quelqu’un de stupide, c’est quelqu’un qui m’importe, et les pincettes prises pour ne pas être agressif rendent sa remarque réfléchie. Par conséquent à prendre en compte, parce que merde, alors ça se voit !

Ah, j’aimerais être plus claire, poser les mots exacts ailleurs que dans mon journal vraiment intime, parce que – et je l’ai déjà évoqué – c’est lorsque mon texte est libéré sur Internet que le processus d’interrogation peut évoluer vers de l’inédit. Mais je ne peux pas, il faudrait que plus de temps ait passé. Alors je parle d’autres choses. Mais je vois bien que j’ai plus d’énergie à parler de ça que de mes péchés capitaux, même si l’examen de ces derniers est un moyen d’introspection comme un autre.

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Ce qu’il se passe, c’est que parallèlement à cette obsession j’ai une retenue. Je m’en attribue la responsabilité, c’est mon problème si je me bride, quelques soient les raisons que j’invoque. Parmi elles, ne pas donner l’impression d’insister lourdement alors que je voudrais me faire oublier. J’ai l’angoisse de gonfler juste par les preuves écrites de mon existence.

À cause de mon éternelle certitude d’être pesante j’aimerais pouvoir faire un retour arrière. J’aimerais retrouver l’illusion de pouvoir dire ce que je veux sans la crainte que ce soit interprété comme un message caché ou une demande de réponse. Même cette phrase est tendancieuse et peut être interprétée, c’est un cercle vicieux. Les choses sont comme ça, certains éléments ont bougé, le paysage a changé.

Le fait est que je ne suis plus dans le cas de l’homme de l’internet qui, normalement, ignore l’existence de ce blog. À lui j’ai pu parler pour de faux, dans le vide, pour faire le point avec moi parce que j’avais besoin d’éclaircir du très sombre. Je suis passée par du brut, un peu filtré quand même, au cas où il viendrait à rôder dans mes parages – et le croire a fait partie de ma thérapie -, pour arriver à du plus précis en moi. Je suis partie d’une situation similaire, coincée dans mes contours intérieurs, et j’ai fini, à force d’obsessions reformulées, par mettre un pied dehors et voir cette autre forêt longtemps masquée.

Le cas aujourd’hui n’est pas le même. C’est embêtant dans un sens, mais personne n’y peut rien. Je constate seulement que je rencontre des difficultés à évoquer un sujet en particulier parce que je pourrais malgré tout être encore lue, et que je n’ai pas envie d’imposer l’idée de mon existence à quelqu’un qui traverse ses propres difficultés.

Je serais malhonnête si je prétendais ne pas espérer une visite sur cette page. Pour moi et pour le lecteur, parce que les êtres fragilisés et un peu en marge, eux aussi, peuvent apprécier de se savoir l’objet de pensées silencieuses. Pourtant je parle vraiment pour moi, juste pour moi.

Je connais le rôle de l’autre en tant que miroir, je sais qu’on retient ce qui nous parle, qu’on réagit sur ce qu’on a déjà plus ou moins identifié de soi-même, ou sur ce sur quoi il y aurait quelque chose à réfléchir mais qu’on n’en est qu’au stade de l’ébranlement.

J’aimerais, je ne sais pas si c’est possible, ne pas froisser, ne pas déranger, ne pas peser, si je décide de mettre à jour mes tentatives de réflexion sur le sujet qui me préoccupe aujourd’hui. Je me trouve dans une situation inédite dans laquelle ma réflexion et ma sensibilité sont éveillées, et je n’ai pas encore décidé quoi faire.

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