L’empêchement vient de l’intérieur

Je me remets au tri de notre correspondance et j’avoue que mon départ de Gmail me complique considérablement la tâche. Regrouper des milliers de messages individuels dans leurs sujets respectifs en tenant compte des branches, des dates qui s’entrecroisent, des réponses sautées, etc. est dantesque.

En huit heures j’arrive à peine à traiter trente sujets.

Pour certains d’entre eux la tâche est simple. Je la survole tant dans la rapidité d’exécution du geste que dans la concentration que je lui accorde. Mais je suis ralentie par d’autres sujets qui réveillent ce frustrant sentiment d’impuissance à me faire comprendre. Je suis contrariée de ne pas pouvoir dépasser ça. J’arrive malgré tout à avancer, et par moments mon esprit parvient même à verbaliser tout seul ce qui n’a jamais cessé de me chiffonner.

C’est comme ça qu’une idée m’est venue, une idée suffisamment impérieuse pour me forcer à abandonner mon rangement virtuel le temps d’écrire cette nouvelle lettre ouverte. L’idée, certainement déjà formulée dans un de mes messages – et je le verrai si c’est le cas – que quelque chose en toi t’envoyait des signes que tu ne voulais pas voir.

Je m’explique. Tu as été victime du syndrome « Je ne veux pas risquer de laisser passer une occasion. J’ai peur de le regretter ensuite, quand ce sera trop tard. ».

Une part de toi s’était éloignée de moi et de cette relation qui t’en demandait beaucoup trop. Une relation qui t’aurait mis en danger si je disparaissais de nouveau – ce que j’ai d’ailleurs fait. En fait, une relation qui dépendait trop de quelque chose que tu ne pouvais pas contrôler : moi.

Mais tu n’étais pas d’accord avec ton éloignement intérieur. Tu voulais continuer l’aventure, il y avait là quelque chose de nouveau qui t’attirait. Comme moi, tu as décidé de faire fi du négatif pour aller volontairement vers le positif. Parce que tu avais placé beaucoup de rêves dans cette relation, dès son démarrage fulgurant.

Alors tu t’es senti obligé de maintenir un lien quotidien. Dans ton esprit c’était pour me rassurer, mais au fond c’est toi-même que tu voulais rassurer. Ta conception du couple est ainsi, quotidienne.

Moi, je me serais mieux accommodée d’un silence imposé par un désir faiblissant que d’un lien imposé par une volonté. Contrairement à ce que tu pourrais penser ou interpréter, je vis très bien avec les affres du manque. Enfin, vivre bien n’est pas tout à fait exact, mais disons que je vois dans la douleur du manque la preuve de mon amour. Et, lorsque je l’exprime, ce n’est pas pour qu’il soit immédiatement comblé. Dans mon esprit c’est un cadeau qui n’attend rien d’autre que d’être reconnu. Il fait partie du don de moi.

Pour en revenir aux empêchements.

Quand on est passionné sans réserve par quelque chose, quand l’implication personnelle est totale, la disponibilité suit naturellement. La fatigue devient secondaire, on ne recharge que quand on arrive à l’épuisement parce qu’on ne peut pas lâcher avant. Et toutes les occasions sont bonnes pour s’accorder une pause-passion dans son quotidien-devoir.

Et voilà où je veux en venir : à mon avis tu étais sincèrement persuadé que les imprévus extérieurs étaient les vraies raisons de ton indisponibilité. Or la vraie raison était intérieure. Même sans ces éléments extérieurs – ton activité et les aléas de la vie – tu n’aurais pas été plus disponible. En toi il y avait un frein.

Je sais que tu comprends ce concept car tu l’as utilisé chez toi.