Le silence des hommes

Je regrette qu’il n’y ait pas plus d’hommes qui évoquent leur vision de la sexualité.

Si je ne me basais que sur mon expérience personnelle, je pourrais dire que mon point de vue est loin d’être complet, et que j’ai essentiellement connu des hommes peu bavards sur eux-mêmes, peu introspectés, ou simplement plus enclins à l’action qu’à la réflexion.

Même chez les hommes ayant un accès aux mots, le sujet de la sexualité semble rester de ceux dont on ne parle pas trop. Il ne paraît pas important de savoir pourquoi la page 25 provoque un frétillement que la page 26 anéantit sur le champ.

J’aurais été d’un tempérament enjôleur avec une facilité au contact, j’aurais certainement pu glaner des infos parce que j’aurais abordé mes ex avec la légèreté qu’il faut pour ne pas braquer. Mais ce n’est pas le cas. J’aborde la sexualité avec gravité, et la gravité n’est pas très attirante.

Du coup, j’ai cherché ailleurs. Mon but n’est pas de comprendre tout le monde, il est de trouver des éléments qui me feront penser à, et qui combleront peut-être un peu le gouffre de ma frustration.

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J’ai essayé de trouver mon bonheur dans les livres, mais les livres sur la sexualité sont principalement écrits par des femmes. Il faudrait pouvoir faire une recherche sur le sexe de l’auteur, mais j’ai fait chou blanc : ce type de recherche ne semble pas exister. Sur Babelio j’avais trouvé une étiquette « écrivain femme », mais j’ai pas trouvé son pendant masculin. C’est vraiment un manque. C’est dû à quoi ? La peur du sexisme ? Un coup des féministes ? Moi ça me manque de ne pas pouvoir filtrer sur ce critère.

Je ne suis généralement pas intéressée par le point de vue des femmes, je le trouve trop normatif. Elles ne sont pas libres de parler, quelque chose en elles semble bloqué. Même les témoignages qu’elles rapportent sont travestis par leur filtre coincé.

Je pense en particulier à Élisa BRUNE, dont j’aime par ailleurs beaucoup le style, la profondeur, et le côté assez cash, mais à qui je reproche, entre autre, son côté Sex and the city.

Sex and the city est une version triste des relations humaines. Des nanas qui se racontent tout, même le plus intime, le plus personnel, dans le détail. Les autres qui commentent, et un pauvre mec qui aurait peut-être préféré rester dans le privé se retrouve à l’origine d’éclats de rire hystériques ou grossiers. La série a peut-être contribué à ce que des femmes se sentent plus libres de vivre leur sexualité, elle a peut-être dopé les ventes du rabbit, mais l’image de secrets répandus et piétinés, ça me fait de la peine. Belle image. Joli modèle.

Élisa BRUNE, elle, encourage les confessions pour ensuite ridiculiser celles qui la dépassent. Grossomodo, c’est l’idée. Elle charme, elle séduit, et puis elle enfonce son talon aiguille dans le cœur de celui qui a pourtant tout donné de lui, et même plus, et elle touille avant de tourner le dos.

Je lui reproche son point de vue porté sur la moquerie des sexualités moins classiques. Ce qui est amusant c’est qu’elle les évoque souvent, dans au moins deux de ses romans le thème est présent (1). Elle me fait l’effet d’une femme coincée entre sa pulsion et la morale. Elle l’évoque parce que ça l’obsède, mais elle se dédouane vite fait en cherchant des acolytes de rigolade, y compris dans ses livres de type recueil de témoignage (2). Elle prend à parti les femmes pour se moquer des hommes. Un clan face à l’autre.

Je ne l’ai pas dit ? Je ne suis pas une féministe. Je ne suis pas non plus oldschool, la femme à la maison qui prépare le repas pendant que son cher et tendre besogneux gagne l’argent du ménage, cher et tendre qu’elle remerciera d’un verre de whisky à son arrivée et d’une gâterie plus tard, mais seulement s’il le décide. Je ne me sens appartenir à aucun groupement. Je ne veux pas m’associer par ressemblance d’avis ou d’apparence. Je suis pour l’individu unique.

L’esprit groupe d’ado qui ricane aux blagues de cul, je n’ai jamais eu. À l’époque je ne savais pas pourquoi ça ne me faisait pas rire. Aujourd’hui j’ai une petite idée : chacun voit midi à sa porte, il est pas obligé de l’amener sur la place publique s’il n’en a pas envie, et je trouve ça beau, les désirs des hommes. Beau aussi les petits trucs qui font partir quelqu’un en vrille mais pas son voisin, les préférences, quoi. La diversité c’est une découverte à chaque fois, un nouveau cadeau sous le sapin. Pourquoi refuser d’entendre ce qui émeut ?

Enfin bref. Les hommes me semblent souvent parler de sexe d’une façon peu intéressante.

Je pense qu’à part aux prostituées intellectuellement évoluées ou aux femmes au contact facile qui s’intéressent vraiment à la sexualité – c’est-à-dire d’un point de vue psychologique, fantasmatique, mais surtout intime, et surtout pas caricatural du genre les hommes sont des animaux -, un homme n’est pas trop enclin à parler.

En disant ça je pense à Sonia, la prostituée belge. Une belle femme d’une grande bienveillance. J’ai revu plusieurs fois La leçon d’Amour de Sonia, la Pute de Bruxelles, un reportage de 2009 qui la présente dans son environnement professionnel, sa vitrine. Je suis frappée par sa psychologie très fine, son humanité lorsqu’elle évoque ses clients, sa personnalité en général. Elle est envoûtante. Il n’y a pas grand chose à jeter dans ce reportage.

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(1) La tentation d’Édouard et L’Homme est une rose
(2) Alors heureuse… croient-ils ! : La vie sexuelle des femmes normales et Le Salon des confidences: Le désir des femmes et le corps de l’homme