La beauté de la prétention

Je suis en train de revoir ma conception de la prétention.

Il y a quelques semaines je me sentais prétentieuse parce que j’avais cru qu’un homme que je trouvais intéressant était lui aussi attiré par moi.

Peu de temps après je revenais sur l’idée de la prétention. Tout en essayant de débusquer ce qui se jouait en moi dans ce domaine, je m’évertuais à prouver qu’au fond, ce que j’avais pris pour de la prétention n’en était pas. J’en différenciais mon attitude par le fait que moi je n’attendais rien. Refusant à tout prix le qualificatif prétentieuse je requalifiais mon attitude en cadeau gratuit.

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Hier je regardais mollement La foire aux vanités quand un éclair de lumière m’a frappée.

Pour présenter un peu les choses, Becky, le personnage principal de cette mini saga, est une jeune femme très ambitieuse. Lâchée par la vie, apparemment condamnée à une version à peine améliorée de caniveau loin du clinquant et de l’éclat dont elle rêve, elle se fraye une place dans la société bourgeoise de l’Angleterre du début du 19ème siècle.

Becky est donc une jolie manipulatrice aux ambitions bien affirmées. Un poil cabotine, elle charme, boude, provoque, elle intrigue, éveille, titille. Les innocents lui mangent dans la main, les stratèges s’en méfient. Elle donne juste ce qu’il faut pour que ceux qui la côtoient se sentent rassasiés et heureux. 

Malgré mon affection très modérée pour Becky – je suis jalouse des facilités relationnelles que la nature lui a données – je n’ai pas pu m’empêcher d’être frappée par l’innocence de sa réaction lorsqu’elle se fait traiter de « petite prétentieuse ». Était-elle à ce point dans son rôle qu’elle avait perdu de vue la réalité ? La chute est rude et se voit sur son expression. Elle se dé-compose.

La suffisance satisfaite se mue en dénuement, son visage s’affaisse, son sourire et son air hautain disparaissent. Il n’y a plus sur son visage qu’une incompréhension enfantine, une expression que j’ai traduite par un « mais ? ce n’est pas bien d’avoir des prétentions ? » sincèrement déboussolé. Comme si un comportement de toujours venait brusquement d’être remis en question : avoir des prétentions, être prétentieuse, ne serait donc pas quelque chose de normal ?

La sincérité de cet abattement passager est à l’origine de mon éclair de lumière, car soudain j’ai compris : la prétention, c’est le rêve. Être prétentieux c’est s’aimer assez pour s’autoriser, ne serait-ce qu’en pensée, à s’extraire de la réalité qu’on estime merdique. La prétention est une fenêtre ouverte sur le merveilleux. C’est le retour à un état perdu depuis longtemps, celui de la poupée Barbie et du GI Joe, des rêves irréalisables qui aidaient à supporter le terne ou le laid, et qui au fil des ans et de la grise réalité ont été recouverts de béton armé.

Ce qui fait que je m’interroge aujourd’hui : la prétention serait-elle une clé d’entrée dans le rêve ? Un début de réponse m’est soufflé par la persistance de cette idée et par la nécessité de l’écrire pour poser les bases d’une réflexion à laisser germer.

J’en suis là : la prétention relèverait de l’intégrité, de l’amour de soi, du rêve. Jusque là j’associais prétention et mérite. J’avais faux, la prétention doit être absolue.

« Où est le bien ? Où est le mal ? Qui le définit ? » me demandait un jour un homme porté vers plus de profondeur que je ne l’avais décelé à l’époque. Où est la prétention ? Qui la définit ?