L’écrit qui protège

Je me demande si, sous couvert de l’intention affichée d’être transparente et complète, l’écrit n’est pas aussi pour moi une façon involontairement-volontaire de noyer l’Autre. Une façon d’essayer de le faire taire pour ne pas avoir à me remettre en question ni à risquer de détruire mes belles théories.

Je sais y être, mais pas trop profond malgré les apparences. Disons que j’approfondis ce que je veux.

Vulnérabilité

L’écrit est peut-être une défense, à la fois pour embrouiller l’Autre ou le décourager, et à la fois pour fuir l’immédiat, me cacher de toute réaction non assumée – une voix qui tremblotte, un soupir, quelques pleurs audibles, le silence (surtout le silence !).

L’immédiateté me rend vulnérable. Impossible d’emprunter le parcours fléché que j’avais peut-être prévu, parce que d’autres personnes interagissent et attendent une réponse de moi. Ce sont elles qui vont choisir ce qu’elles veulent que j’approfondisse, le sentier n’est plus balisé et c’est déstabilisant.

Je peux ne pas être prête à parler de ce sur quoi je suis attendue dans l’instant. Je peux ne jamais avoir exploré le secteur. Ou je peux être dans une zone que je sais dangereuse épidermiquement parlant.

J’ai toujours peur de ne pas savoir quoi répondre, d’être prise en flagrant délit d’inculture ou de faiblesse, bredouillant des euh interminables parce que je ressens l’attente de l’Autre comme une pression et qu’elle me pétrifie, me fait perdre tous mes moyens.

Je désire ce dont j’ai peur

Pourtant, intellectuellement et même parfois émotionnellement, j’accepte l’idée de perdre de ma superbe et de me retrouver fragile et démunie. Mais dans les faits j’ai l’impression qu’une fois que j’atteins ce stade du sans-arme, je ne les retrouverai jamais, mes armes. J’ai l’impression que mon identité, ma personnalité, sont perdues à tout jamais. Que je deviens creuse, inconsistante, et que, forcément, l’Autre va en être dégoûté – pas qu’il ressentira un écœurement mais qu’il n’aura plus d’appétit – et va vouloir me fuir.

Le paradoxe, c’est que c’est ce que j’attends de cet Autre : qu’il soit vulnérable.

L’oral fait ça. L’écrit protège de ça.