L’écrit qui noie

L’écrit a toujours été mon domaine de prédilection pour faire connaissance à partir d’une petite annonce. Il me permet de me concentrer, de réfléchir plus tranquillement, d’affiner, de chercher. Je peux choisir le moment, prendre le temps, me relire, y revenir.

Risque de digressions

Paradoxalement c’est aussi un inconvénient : je perds de vue le direct, il y a un risque accru de digressions, de développer une idée dans mon coin.

Je perds aussi l’Autre de vue : il serait peut-être arrivé à un résultat approchant mais n’aurait pas forcément emprunté le même chemin. C’est sans doute pour cela que je me suis souvent retrouvée seule, loin, partie dans mon monologue. Trop tard pour me retourner et attendre celui qui s’est perdu en route parce qu’il ne savait pas par où commencer.

Le risque de l’écrit, c’est d’avancer seul. Il m’a bien rendu service, mais je vois ses limites aujourd’hui.

Être en même temps

J’essaie maintenant de me projeter dans un moyen de communication dont je n’ai pas l’habitude dans les relations sentimentales, mais dont le but est de m’assurer d’être au même endroit que l’autre, en même temps que lui. Sinon il y a trop de décalage.

L’écrit devrait être réduit et surtout encadré de discussions plus interactives dans lesquelles il serait repris point par point. Loin de rendre l’atmosphère trop analytique – à condition que je n’aie pas affaire à un politicien ergotant – l’arrêt sur image pourrait même devenir très pénétrant.

Par exemple, une phrase qui n’a l’air de rien, mais qui pour moi résonne comme une prise en flagrant délit : j’ai lu ce que tu m’as écrit. Cette phrase arrête le temps, elle met en face de ses propres mots, exigeant un complément. Elle ne laisse pas dans le lointain ce qui a été écrit : elle le fait remonter dans le réel de l’instant pour creuser et ne pas laisser sous silence. S’il y restait, ce serait la porte à nouveau grande ouverte aux interprétations, aux doutes, aux non-dits, et à la noyade.

Moyens de communication

Le mail est trop long, trop loin. Le SMS est trop fatiguant, même si court. Et entre chaque SMS on relève la tête pour faire autre chose. À la limite la messagerie instantanée, parce qu’on est en face de l’écran. Ceci dit, de nos jours, MSN est loin ! Sur quoi chatte-t-on ? Skype ?

Non, à l’avenir je privilégierai le téléphone. Il y aura moins d’échappées en solitaire, plus d’instant présent avec l’autre. On peut moins se forcer, par téléphone, moins faire semblant. Si la communication est impossible, alors le raccrochage est inévitable. Plus d’ajustements rapides, moins de compromis.

Concrètement je ne suis pas sûre d’être capable de tout ça, de parler au téléphone et d’être dedans. Mais quand je l’imagine ça me procure une excitation profonde qui me recentre, avec une émotion proche de la conscience d’être nue, évidemment vulnérable, et en même temps d’y être bien parce que dans ma vérité.