L’écrit qui embellit

Je continue de m’interroger sur les raisons qui me font préférer l’écrit, et aussi sur celles qui me font éviter un autre moyen de communication. (Je parle au présent, parce que je n’ai pas encore mis en application autre chose, faute d’interlocuteur).

Écrire est une façon de me rendre intéressante. Je ne comprends pas bien ce qui se cache là-dessous, mais ça me semble évident. Quand je me lance dans l’écriture j’ai tellement ce sentiment d’être forte que c’en est trop.

Mon écriture

À la base, j’ai une facilité d’accès aux mots : j’ai une écriture fluide et relativement claire la plupart du temps, les termes aussi bien que les tournures me viennent sans que j’y réfléchisse vraiment. C’est comme si les phrases se faisaient seules et m’arrivaient de je-ne-sais-où. Cette partie-là n’est pas trichée, elle est.

Le ton est donné, l’élan est naturel et je parle à la première personne du singulier. Tant que j’en reste là, je n’ai pas l’impression de chercher à impressionner.

Mais parfois, quand je cherche à étoffer un peu, je passe spontanément au « on », et il me semble que c’est là que mon texte commence à devenir pompeux. Il devient trop théorique et je ne m’y reconnais plus.

Être dans mes mots

Quelqu’un me disait récemment, grosso-modo, que « la philosophie c’est bien joli, mais qui parle ? ». Où est le sujet, l’homme, l’individu ? Où est son ressenti, son vécu ? Dans le trop théorique sans fondation personnelle, la personne reste invisible. Et c’est ce qui m’arrive quand je ne dis plus « je » au milieu d’une idée.

Je pense que mes théories sont bonnes, mais que je n’ai pas la méthode pour les exprimer. Et donc que ça cloche à mes yeux de me lire aussi docte, ça sonne faux. Et si ça sonne faux à mes yeux, ça sonnera encore plus faux à ceux de l’Autre qui ne saura pas du tout où je suis.

Peur de perdre

Dans mon intention, il y a toujours en fond l’idée d’être à la hauteur de mon correspondant.

Lorsque je suis détachée de l’émotion je trouve triste de vouloir être ce que je ne suis pas. Mais dans la pratique, quand je suis dans l’émotion, j’ai encore tellement peur de perdre l’Autre – comprendre : qu’il me quitte – que j’en deviens moi-même Autre.

Évidemment, dans une communication plus immédiate, je ne tiendrai pas la route et je m’effondrerai rapidement.