Je suis une boudeuse

Ce matin je repensais à ces mots reçus un jour dans ma boite aux lettres : « Tu boudes ? Tu me boudes ? Tu m’en veux ? Tu préfères choisir de ne pas t’exprimer ? Tu veux me faire trouver le pourquoi ? »

Cheminement de pensée

J’avais envie de les classer dans catégorie des façons de s’exprimer qui éveillent une forme d’excitation chez moi. J’avais envie de réfléchir à ce type d’excitation, à ce qui rendait ces phrases troublantes.

J’entrevoyais déjà que ce n’étaient ni les mots eux-mêmes ni la personne qui les avait écrits, mais plutôt la rafale de questions ayant toutes le même objet. Des questions qui se succèdent et qui, au lieu de s’atténuer, insistent et développent. Des questions qui imaginent des réponses, preuve qu’on s’interroge un minimum, et qui donnent envie de réagir. Car c’est lorsqu’on réfléchit soi-même à des possibilités de réponse qu’on donne envie à l’autre de rectifier ou d’accentuer, de préciser, de nuancer.

En tout cas je fonctionne comme ça. Même dans le travail, un des meilleurs moyens de me donner envie de faire un boulot qui à priori me rebute, c’est de me l’expliquer si généreusement que l’urgence me saisit d’arracher le clavier des mains de l’autre pour prendre le relais. Les questions c’est pareil. C’est en me suggérant plusieurs hypothèses, même fausses – surtout fausses ! – que j’ai envie de répondre.

Caillou

Donc j’étais partie pour tenter de conceptualiser l’excitation produite par ce genre de pilonnage verbal intelligent qui me disait « je te vois », quand le mot boude s’est mis à grossir démesurément et à clignoter.

Le terme me dérange par son côté paternaliste, mais il y a du vrai dans ces affirmations.

Bouder. Faire la tête, faire la gueule.

Je suis toujours vexée lorsque je suis accusée de faire la gueule, et mon premier réflexe est toujours de bouder encore plus. D’ailleurs, en relisant ces mots issus d’une correspondance par ailleurs extrêmement perturbante, j’ai senti monter en moi l’envie de tout claquer une fois de plus, de m’énerver et de tenter d’asséner ses quatre vérités à mon ancien correspondant.

Mais je sais maintenant que la colère et l’énervement me font plus de mal que de bien, que s’ils permettent d’évacuer ce n’est que temporaire, que de toute façon seule la tête de l’hydre est coupée, et que, si je n’y fais pas attention et que je me laisse aller dans leur visqueux-pâteux, ils finiront par me tuer.

Alors, soudain, comme une providentielle évidence qui s’insère dans une brèche ouverte, l’idée m’est venue qu’il avait peut-être raison. Que ce que je percevais comme une attaque en règle dans le cadre d’un processus de sape général pouvait très bien être une vérité. Et brusquement la paix est arrivée : oui, je suis une boudeuse.

J’accepte et j’assume

Ma revendication aujourd’hui n’a rien d’un coup rendu, elle n’est ni hargneuse ni revancharde, elle n’est pas provoc ni défensive. Elle n’est pas un na! déguisé. Ce n’est pas une réaction émotionnelle à quelque chose qui a pu me vexer longtemps. Non, ma revendication aujourd’hui est le fruit d’une prise de conscience réelle, de celles qui apaisent durablement parce qu’elles éliminent instantanément la rébellion intérieure entre soi et soi.

Au fond c’est quoi, bouder, pour moi ? C’est ne plus avoir de mots, soit parce qu’ils n’ont servi à rien, soit parce qu’il est évident qu’ils ne serviront à rien, l’Autre est trop loin.

Alors, qu’est-ce que j’espère ?

Sans trop réfléchir, en écrivant sans juger ce qui me passe dans la tête, je dirais : être devinée, être prise au sérieux, que ce qui a été perdu revienne ou que ce qui n’a pas encore existé arrive, être comprise, entendue. J’espère qu’on viendra me rechercher pour montrer que je compte, et que les choses changeront ensuite (c’est important, sinon ça ne sert à rien à part à donner de faux espoirs pour finalement re-tromper derrière)