Fascinée

J’emploie souvent ce mot, il peut faire peur. Fascinée ça fait penser aux fans hystériques qui s’évanouissent de joie ou qui persécutent leur adulé, au point parfois de devenir dangereux.

Je ne suis pas bêtement fascinée. Je ne suis pas fascinée par le matériel, l’objet, la technologie. Je peux être fascinée par l’impalpable, par une différence – lorsque je prenais les transports en commun, il m’est arrivé d’avoir le plus grand mal à détourner mon regard d’une personne au physique atypique – mais en général je suis fascinée par une qualité que je ne possède pas, que je désespère d’avoir un jour, et que je remarque chez l’autre.

Je ne suis pas fascinée par le revers d’un joueur de tennis, par le bagou des politiciens, par le nombre d’amis sur facebook. Je n’envie rien à ceux qui se dispersent sur les réseaux sociaux ou à ceux qui multiplient les activités dites de loisir. Ils ont plus de choses à raconter que moi, c’est certain, et parfois je peux me sentir exclue, mais je ne leur envie pas leur vie. De ça et de bien d’autres choses, je me fous totalement.

Par contre, je suis terriblement jalouse de l’intelligence, des structures de pensées naturellement portées vers l’analyse et la réflexion. Je suis jalouse de ceux qui utilisent des mots savants avec une apparente facilité. J’envie les cultivés approfondis, ceux qui n’apprennent pas juste pour réciter dans les dîners mondains, mais pour consolider leur base ou avoir une autre perspective.

J’envie ceux qui savent se construire seuls, par la seule force de leur psychisme, même quand ils n’ont pas eu la vie facile.

Je suis jalouse de ceux qui se forgent, se revendiquent, s’assument. Je leur envie leur jusqu’auboutisme, leur refus de prendre un autre chemin que le leur, même si ça doit les mener à une mort prématurée. Je suis jalouse de ceux qui savent ployer sans casser, comme le roseau, puis qui se redressent, n’ayant rien perdu au passage, ayant au contraire gagné de la connaissance.

Je suis jalouse de ceux qui savent ce qu’ils sont et savent le dire clairement. Ils dépendent moins de l’autre que moi.

La violence du sentiment de n’être pas terminée est proportionnelle à la fascination. Je me sens inaboutie. Avant je m’en fichais, depuis 10 ans ça me persécute.

Je sais qu’on ne peut pas avancer en étant jaloux. C’est vrai si on ne va pas plus loin que ressentir l’émotion ou la nommer. Je me sers de ma jalousie pour regarder avec plus d’attention, identifier et comprendre.

Ma fascination n’est pas béate, elle est de l’ordre de l’étude.