Faire la morte

Je ne fais pas la morte parce que je me sens en danger.

Je fais la morte parce que j’ai compris que jamais tu ne verbaliserais tes ressentis, jamais tu ne prendrais personnellement position sur ce sur quoi tu me demandais pourtant à moi de me positionner.

Peut-être ne sais tu pas faire ça, je ne sais pas.

Tout au long de notre correspondance tu t’es comporté en observateur. J’étais l’interviewée qui s’étalait sur ses pulsions, ses ressentis et sur ce qu’elle en comprenait. J’élaborais, je me découvrais moi-même, parfois je délirais. Toi, tu ne te mouillais jamais. Tu envoyais un ver au bout du hameçon et tu attendais mes réactions à distance, protégé par la longueur de ta canne à pêche.

J’aurais aimé que tu passes du rôle d’observateur à celui de participant. Je te l’ai demandé plusieurs fois, je t’ai même supplié. Ça n’a pas eu lieu. Je me suis lassée.

Tu pensais que je t’attaquais sur une disponibilité horizontale – le professionnel multiple et imprévisible – alors que je te parlais disponibilité verticale – profondeur de l’être. Comment est-ce possible de confondre les deux registres ? Toi et moi ne parlons simplement pas le même langage, c’est comme ça.

J’ai compris que c’était inutile de continuer. Faire la morte, dans mon cas, c’est renoncer à essayer d’expliquer. C’est ne plus avoir l’énergie de tenter. Je renonce à tout venant de toi puisque les conditions ne me conviennent pas.

Quant au danger, le seul auquel je m’exposerais en sortant de mon silence, c’est la perte de mon intégrité.