Être soi malgré les autres

Je faisais le constat que ma façon d’écrire avait changé lorsque j’avais découvert que mon blog avait deux abonnés. Le contenu avait changé, la fréquence de ce que je publiais, et aussi le ton, le style. En gros je tentais de m’adapter à ce que je croyais qu’il fallait que je montre.

Dans le même temps, j’essayais d’aseptiser les messages dans lesquels je parlais de cet homme de l’internet, parce que ses réactions épidermiques de défense me faisaient peur. Comme par le passé je m’efforçais de communiquer idées et ressentis le concernant avec toutes les pincettes du monde. Pas que j’aurais eu tendance à déborder – je sais mieux me canaliser maintenant – mais j’aurais pu être amenée à employer des termes trop teintés de ma subjectivité. J’ai tué beaucoup de chouchous(1) dans mes messages sur lui.

Je reconnaissais que quelque chose en moi se travestissait. Mais je pensais que si j’écrivais différemment c’était parce que dans un cas je savais que je serais lue, même en diagonale, et dans le second cas j’espérais que je le serais.

J’ai pensé que si je faisais en sorte de m’exiler totalement, je redeviendrais moi-même et j’écrirais à nouveau comme je suis. J’ai donc tout bazardé là-bas et j’ai opté pour une solution d’hébergement dans mon coin, moi seule face à l’Univers.

Sauf que

Depuis plusieurs jours je me demande si le problème est bien là. Est-ce que c’est vraiment parce que je me sais potentiellement lue que ma façon d’être change ? Je veux dire, est-ce la faute à mon tempérament intime qui me fait utiliser le blog comme un porte-voix à qui on ne peut pas répondre ? Ou bien est-ce que ce n’est pas plutôt que je manque, là encore, d’intégrité ? Que j’ai tendance à me faire caméléon au lieu de rester grenouille.

Et puis le hasard est intervenu.

Le choix du hasard

On dit souvent qu’il fait bien les choses. En fait on y trouve ce qu’on veut, dans le hasard, mais uniquement si on est dans les dispositions pour trouver. Comme ce mot qu’on entend pour la première fois et qu’on va réentendre trois fois dans la même semaine. Mot qu’on avait peut-être déjà entendu avant, simplement on n’y avait pas fait attention. Ce n’est qu’à partir du jour où on y fait vraiment attention qu’on devient capable de le repérer dans le « hasard ».

J’étais donc dans ces interrogations sur l’intégrité, réceptive à tout ce qui touche à ce sujet, quand j’ai repéré un blog dans ce que le « hasard » me proposait.

Quelques a-priori

La personnalité de l’auteur m’a immédiatement rappelé un homme que je connaissais, mais je suis allée de surprise en surprise.

J’avais dans l’idée qu’un tempérament extrêmement dominant et masculin était rarement assorti d’un intérêt pour l’être humain, l’âme et ses difficultés. Lui est peut-être un cas particulier, car il sait que les difficultés personnelles existent et il en tient compte. Plus rare encore, il a cette capacité à mettre en mots ses idées d’une façon vivante, imagée, très claire, ponctuées de changements de rythme. Une vraie lucidité, et une façon très cash d’exprimer des idées extrêmement réfléchies.

À la première lecture, ou si on se contente de lire les titres des articles, elle apparaît assez tournée vers l’apparence (la force, l’argent), quelque chose de superficiel. Mais en réalité il s’est intériorisé, il a cherché les raisons. C’est ça qui est intéressant. J’y trouve un complément d’informations sur ce que pouvait être l’arrière boutique de mon ancienne obsession. A la seconde où il explique son titre, c’est la force du contenu qui prend le dessus.

Un être illuminé

Je suis aussi fascinée par la forme, très directe. Il parle à quelqu’un, le lecteur, comme s’il se trouvait en face de lui. Il dit vous, il dit tu et ça claque, ça tranche, ça module et ça donne du relief.

Un peu JCVD sur les bords, mais j’ai toujours été fascinée aussi par JCVD, je me dis qu’il a compris quelque chose à la vie, qu’il est dedans, et que peu importe ce que pensent les autres, lui est dans son trip, dans sa vie, dans sa conception, et il y est bien. Ça se voit, et ça me donne le sourire, je suis heureuse de voir quelqu’un illuminé de l’intérieur de cette façon.

Ce blogueur est lui aussi illuminé de l’intérieur. Il a une énergie puissante et très communicative. Il affirme, il assène, il revendique. Il va « régler ça ».

L’intégrité dans les défauts

Le seul défaut que je lui trouvais était son orthographe catastrophique. Pas une ligne sans faute, et ses textes sont longs. J’ai même eu envie de lui proposer de relire ses articles avant qu’il ne les publie mais, heureusement, je n’ai pas trouvé d’adresse mail privée pour le faire. Je ne voulais pas le faire via les commentaires, c’est totalement mal placé.

J’ai alors commencé à corriger toutes ses fautes juste pour moi. Je voulais rendre son texte moins douloureux à lire. Et puis brusquement j’ai arrêté et j’ai tout remis en l’état.

Je me suis rendu compte que son orthographe aléatoire contribuait à donner cette impression d’énergie fulgurante, dominante et endurante. En supprimant les fautes, certes je rendais le texte plus propre, mais je remarquais aussi qu’une partie de son pouvoir disparaissait. Je me suis demandé pourquoi.

C’est parce qu’en assumant cette orthographe personnelle il affiche encore mieux que tous les mots qu’il se moque de ce que les autres pensent, et que ça ne l’empêche pas d’avoir des bonnes idées qu’il tente de faire passer de manière martelante très claire. Chez lui c’est pas de l’édulcoré, il pense, il dit. Comme me disait la personne que je connaissais « Non, je suis pas gentil. Jamais je te dirai quelque chose pour te faire plaisir ». C’est ce que je ressens là aussi, chez cet homme-là.

Qu’il ait ou non conscience d’avoir une orthographe défaillante, est-ce que ça change quelque chose ? S’il en a conscience, ça renforce encore plus son intégrité et le fait que l’important est ce qu’il dit et la façon dont il le dit. Ne pas s’encombrer de détails qui pourraient le freiner ou lui faire perdre le fil. S’il n’en a pas conscience, il transpose juste le concept du regard nu à l’écrit, une innocence dans cette force, ce que j’appelle simplicité. Cet homme est l’exemple de celui qui est. Son défaut ne l’empêche pas d’être et de se revendiquer.

Une leçon

Là où je veux en venir, c’est que cet homme m’a aidée à comprendre que peu importe qu’on me suive et qu’on me lise. Peu importe que celui dont je parle lise ce que je dis de lui. Mon blog est mon blog, j’en fais ce que je veux et je dis ce que je veux, de la manière dont je veux. J’oublie qu’il peut froisser, qu’il peut ne pas plaire, qu’il peut être autocentré, pas drôle, terne.

C’est MON blog, MON moyen d’expression aujourd’hui, celui qui me fait évoluer en verbalisant. Peu importe que certains contenus soient soporifiques, pompeux ou narcissiques. Je suis ce que je suis aujourd’hui. Je serai peut-être différente demain, j’aurai appris de nouvelles choses, j’aurai compris de nouvelles choses.

Je me relis régulièrement, avec parfois le regard neuf de celle qui a encore appris. Je me relis et je m’interroge à nouveau sur ce que j’ai dit, est-ce que c’est pertinent, est-ce que c’est bien ma vérité ? Ça l’était quand j’ai écrit, mais est-ce que ça l’est toujours aujourd’hui ? Est-ce que je ne dois pas apporter une nuance ? Rectifier ?

Aujourd’hui je comprends – je ressens – ce que c’est de se foutre de ce qu’en pensent les autres : je suis. Point.

Mon style, mon ton, mes mots

Et mes sujets. Même si moins bien traités, moins complets, etc.

(1) Le fictiologue – Tue tes chouchous