Éloignement

Je sens qu’il n’a pas compris ce que je voulais dire. Je parlais signes de l’Univers, parce que j’aime voir des signes partout. Je les trouve dans des endroits évidents comme le Yi-king, mais aussi dans la réception d’un SMS du temps passé, qui s’adresse à celle que j’étais. Je vois ce SMS comme la preuve que je n’ai pas totalement changé, qu’une part de moi pourrait être intéressée à l’idée de répondre, même si je dois maintenant chercher loin pour entendre la voix de cette partie-là. Avant c’était l’inverse, je n’entendais pas celle qui me disait de ne pas y aller, que ce n’était pas bon pour moi, pas intéressant, que je faisais preuve d’un désamour pour moi-même en poursuivant.

Donc je lui disais avoir vu ce SMS comme le signe que je n’avais pas encore totalement basculé. Une sorte de tentation de Saint Antoine bien faible, mais toujours la même perche.

Je n’attendais pas vraiment de réponse, en fait. Même si j’ai ponctué mon petit laïus d’un « non ? », parce que le silence m’effrayais, me disais que j’avais tort, que je délirais. Ce non ? a été interprété, peut-être, comme une question. C’en était une, oui. Mais la réponse n’était pas de l’ordre de celle que j’avais espéré.

J’avais envie qu’il parle de synchronicité, d’univers, de signes divins. Ou bien d’indicateurs, d’une méthode pour s’orienter à partir de rien parce que ça résonne en soi et que ça suffit pour dire que ça vaut le coup de suivre ce guide.

Je m’attendais à ce qu’il dise quelque chose à propos de la personne qui sait que je ne suis pas encore totalement transformée, un peu comme il me redit que ma mère sait que j’ai changé et a compris que je ne peux plus faire semblant, et qu’elle n’accepterait plus que je fasse semblant (sans en être consciente, mais elle saurait que je fais semblant, si c’était le cas, et elle ne peut plus l’accepter). Je m’attendais à ça : ce passé sait qu’une part de l’ancienne moi existe encore, sinon il saurait que ce n’est plus nécessaire que m’envoyer ce genre de message. Il saurait que c’est définitivement terminé. Il passerait à autre chose. Tant qu’il m’écrit, une fois de temps en temps, sans jamais insister, fugacité de l’envie ou par défaut, c’est qu’il sait qu’une corde vibre encore, même si elle est devenue extrêmement fine. Et donc tant qu’il m’écrit, ça veut dire que ma corde vibre encore, que l’ancienne moi n’est pas totalement révolue.

Moi j’y vois un signe et je m’attendais à ce qu’il suive mon raisonnement. Ou ma folie.

Mais il est parti ailleurs.

J’ai senti la cassure dans le lien de ce soir. Je ne comprenais pas le rapport, il ne savait pas trop quoi me répondre, il me l’a dit. En me répondant, sans le vouloir, il s’est éloigné.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que j’attendais une réponse particulière, un assentiment, un développement, un gonflement par lui de ce que j’avais dit. Je n’étais pas prête pour autre chose. J’étais focalisée, concentrée sur une attente précise. Je n’ai donc pas été réceptive à la réponse qui est partie dans une toute autre direction. Ça, je le comprends maintenant. Mais tout à l’heure je sentais le fossé se creuser, se creuser, se creuser !

Je n’aime pas finir une séance comme ça, sur le sentiment de n’être plus avec lui. Je me retrouve seule, à nouveau.

Il est le seul qui peut comprendre où j’en suis, le seul à pouvoir m’emmener sur des chemins spirituels, le seul à comprendre mes mots et parfois mes envolées, parce qu’une partie de mes mots est née pendant ma vie d’analysée (ou d’analysante, je ne sais jamais), avec et grâce à lui. Une grande part de mon vocabulaire, il le connaît. Les concepts de profondeur, d’existence, d’être, de beauté, il leur donne le même poids que moi.

Je ne suis pas toujours ravie à l’approche de l’heure de la séance. Parfois ça se passe moyennement bien, parfois mal, et parfois j’en ressors totalement calmée. C’est ce qui c’était passé il y a deux semaines. Il y a deux semaine je me sentais renouée avec moi-même.

Ce soir je me sens un peu disloquée. Je remets en doute mon idée de signes, je me dis que s’il n’a pas compris c’est que j’ai raconté des conneries. Alors qu’au fond ça m’appartient, j’interprète comme je le sens ce qui m’entoure. Ça fait partie de ce que je suis, même si je me trompe.

Mais en me sentant éloignée de lui, je me sens en même temps éloignée de moi. Pourtant toute la première partie avait été très bien. J’étais calme, entre autre car très fatiguée. J’aurais pu m’endormir si je n’avais pas parlé. J’aurais même pu m’endormir en parlant. J’étais dans mes réflexions, les yeux fermés, bien allongée, et je me parlais.

L’éloignement final clôture bien mal cette séance.