Désirabilité

L’intelligence rend désirable. Dans intelligence, je mets la capacité à penser, à s’interroger soi-même et à interroger l’autre. La capacité à réfléchir, à déduire ou à induire. Je mets les mots, la verbalisation.

La détermination est aussi terrible. Ça m’est temporairement difficile de refuser face à quelqu’un qui veut et qui a manifestement l’habitude d’obtenir. L’absence de doute chez l’autre me colle le doute à moi, et dans le doute, s’il me plaît, j’ai tendance à céder. Je ne parle pas obstination, ici. Je parle de certitude qu’a le camp adverse de gagner la partie. Je parle d’une attitude volontaire, agressive juste ce qu’il faut, et surtout de l’absence de sourire. Le sourire flanque tout par terre. La détermination n’est pas gentille, elle n’est pas charmeuse.

Mais je place l’intégrité au dessus de tout.

Le mélange intelligence, détermination et intégrité est capable de pulvériser toute résistance de ma part. Même la beauté physique ne serait pas suffisante, elle n’a pas le pouvoir de me faire fantasmer. Elle me flatte, j’aime me dire que je couche avec un beau gosse, mais franchement c’est pas suffisant.

Je préfère infiniment quelqu’un qui, sans rien changer à ce qu’il est, me stimule intellectuellement. Quelqu’un qui a suffisamment d’intégrité pour ne pas accepter tout et n’importe quoi, quelqu’un qui sait dire non, qui sait partir, qui préfère perdre plutôt que de se trahir.

Est-ce que je suis, moi, capable de partir si mon intégrité est mise en jeu ?

Jusque là j’ai été une très mauvaise élève, il m’a toujours fallu beaucoup de piqûres de rappel et beaucoup de souffrance psychique avant de renoncer vraiment. Est-ce que je serais plus intègre aujourd’hui ? Est-ce que je n’hésiterais pas encore un petit peu ? Est-ce que je quitterais l’autre ? Est-ce que je lui tournerais le dos et partirais sans me retourner ? Est-ce que je refuserais les concessions ?

Je ne sais pas. Je pense. J’espère. Mais je ne sais pas.

Ce qui est curieux, encore, c’est que bien que je sois capable de désirer au-delà de la raison une personne intègre parce qu’elle me prouve qu’elle ne se brade pas, j’ai du mal à envisager la situation inverse, c’est-à-dire que je me rends moi-même plus désirable quand je dis non.

Je vais nuancer quand même : le passé m’a prouvé que ça marche aussi, mais seulement si le non sonne la fin de la relation, qu’il est définitif. Le reste du temps j’imagine que je manque de conviction et que ça se sent. Alors l’autre patiente tranquillement, aucun feu ne s’attise en lui, rien. Il tricote devant la télé – ou il swipe droit – et il attend.