Conférences

Je les voyais comme une ouverture sur le Monde.

J’y serais allée pour de mauvaises raisons, bien cachées derrière les apparentes bonnes raisons.

Officiellement, je voulais apprendre à me connecter à moi-même, à ne pas avoir peur de descendre et de fréquenter mon vide et mon ombre.

Officiellement, comme je ne maîtrise pas le sujet et que je ne suis pas encore entrée dedans seule, j’ai encore besoin que quelqu’un me montre, qu’il s’extasie à ma place, qu’à son insu il me donne envie d’y entrer.

Être prise par la main

Comme quand on m’explique le sujet sur lequel je vais devoir travailler. Sujet qui, dans un premier temps, m’est complètement inconnu voire hostile. Je ne le vois pas dans sa globalité et je n’ai aucune envie d’y entrer. Pourtant, à force d’explications et de gribouillages, je finis par bouillir d’envie de prendre à l’autre son clavier, son crayon, en lui disant « Ça y est, j’y suis, je suis dedans. Lâche ton crayon je prends le relais. Mais vas-y, lâche-le !! »

J’ai besoin d’un modèle.

J’ai souvent eu besoin d’un modèle avant de prendre mes propres marques. Un modèle vivant, parce que sur la nouveauté il m’est plus facile de suivre ce qui bouge qu’un livre statique, par exemple. Dans un premier temps j’ai tendance à épouser les convictions de mon modèle, je me fais clone. Puis, progressivement et sans m’en rendre compte, je vais me positionner par rapport à lui, me détacher, bifurquer légèrement, enlever mes petites roues, me sentir habitée par mon propre flux intérieur qui va me permettre, enfin, de prendre ma propre direction, de me distinguer, de devenir une. En psychologie analytique, on appelle ça l’individuation. À une échelle plus petite, moins globale pour l’individu, c’est le même processus.

C’est respectable, mais ce n’est pas l’unique raison de mon inscription à ces conférences.

Le cocon du groupe

Officieusement, je voulais m’y rendre pour me sentir moins seule.

Je voulais me retrouver parmi d’autres gens qui, à défaut d’être aussi mal que moi, avaient un même centre d’intérêt. J’avais l’impression qu’ils me comprendraient, même si je n’adressais la parole à aucun d’entre eux. Je n’aurais pourtant pas été reconnue dans ma singularité alors que c’est ce que j’aurais cherché, inévitablement, puisque c’est ce que j’ai toujours recherché (même si une partie de moi est en lutte avec cette idée). J’aurais échoué, inévitablement aussi, revenant aussi seule après qu’avant.

Inconscient qui dit non

Quelque chose en moi hésite encore, mais je sais que je ne vais pas y aller. Je ne vais pas pouvoir y aller.

Je me suis déjà sentie bien plus motivée pour organiser des déplacements. Là, je suis dans l’incapacité d’étudier la logistique : comment y aller, que faire de ma voiture – la laisser au boulot pour la nuit, et rentrer ensuite chez moi en bus ou en taxi ? Tenter de me garer sur place ? Et c’est où déjà ? Je n’arrive pas à retenir le lieu. L’angoisse me guette chaque fois que je tente d’y réfléchir, même l’air de rien. Je la vois tapie dans le coin, prête à bondir.

Je suis partie pour les oublier, ces conférences. D’ailleurs je les oublie en permanence. « Ah. Oui. C’est vrai. »

Vérité de l’instant présent

J’ai besoin que mes actions fassent écho à quelque chose de présent en moi.

Ces conférences étaient présentes en moi quand je m’y suis inscrite, quand je cherchais une bouée. Aujourd’hui j’ai l’impression que ce serait m’arracher à moi-même que d’y aller, que je n’y suis plus, qu’elles ne représentent plus le vrai.

Culpabilité

Je ne suis pas très à l’aise avec ce revirement, j’ai un vague sentiment de ne pas tenir un engagement, de ne pas être régulière, fiable. Est-ce de la culpabilité ? Pas forcément. C’est plutôt de la déception à l’idée d’avoir encore été la proie d’achats compulsifs.

Mais si j’y réfléchis, je me rend tout de même compte que j’ai énormément progressé depuis trois mois. J’ai appris à m’offrir à la panique, sans fuir. À la laisser me dévaster et puis… passer.

À terme, ne devrait donc normalement rester que la satisfaction de suivre ce que me dit mon élan intérieur, celui qui devrait être mon seul guide.

Plus tard…

Quelques heures après avoir pris cette décision, je suis soulagée de ne pas avoir à me mêler à un monde dont je ne me sens pas faire partie

Quelques jours plus tard… J’y suis allée, poussée par une réelle impulsion le jour J. J’en garde un mauvais souvenir, je ne recommencerai plus. J’ai compris.