Ce que j’aimerais

Quand je lis les j’aimerais des autres, je les trouve purs. Ils ne font pas toujours écho en moi, mais je vois de l’innocence dans leur façon de les exprimer. Je vois le regard d’un gamin, plein d’étoiles qu’il ne cherche pas à dissimuler. Je vois le don de soi, une certaine absence de filtre.

J’ai toujours eu du mal à dire j’aimerais. La peur d’être cassée, ridiculisée, la crainte de paraître faible, tendre. Celle d’être laissée avec ma tendresse mise à nu mais qui n’intéresse personne. Un coquillage au cœur mou, bien protégé, qui se laisse aller à s’ouvrir et qui se retrouve comme un con, à prendre le sable.

M’est venue l’idée, tout à l’heure, que la liste de ce que j’aimerais pourrait bien ne pas être si longue que je l’imagine, et que tout pourrait bien se classer dans deux ou trois catégories majeures, voire une seule : l’amour. Mais attention, quelque chose de beau !

Ce que j’aimerais, c’est qu’on ne se détourne pas de moi sous prétexte que je suis plus primaire qu’intelligente, que je ne suis pas très cultivée, que je ne suis pas très distanciée de ce qui m’arrive dans la vie.

J’aimerais intéresser par ce que je suis, par le potentiel de mon âme. J’aimerais que mes défauts soient regardés avec tendresse et non pas comme un vice de fabrication. J’aimerais qu’on ait envie d’en savoir plus sur moi, qu’on ait envie de creuser, qu’on s’interroge même à distance, qu’on se retrouve à penser à moi.

J’aimerais ne pas être la solution de rechange. J’aimerais être, de temps en temps, un plan A. J’aimerais qu’on me regarde. Qu’on me voie. J’aimerais que quelqu’un s’attarde sans le vouloir à m’observer, parce qu’il voit quelque chose en moi qui lui plaît.

J’aimerais un vrai lien, même éphémère, quelque chose qui retentisse en moi et m’apporte de la nourriture pour l’âme. Quelque chose que j’aurais envie de caresser longtemps en pensée, en souvenir. Quelque chose qui plongerait mon regard dans le vague et m’entraînerait loin, là où je peux imaginer ce que je veux.

J’aimerais refaire le monde à deux, allongés sur l’herbe, sous un arbre, dans la douceur d’un jour ensoleillé de début de printemps, pendant des heures. Une phrase par ci, un rire par là, des silences. Deux personnes bien ensemble et sans obligation l’une envers l’autre si ce n’est d’être dans l’instant.

J’aime l’idée d’être assise à côté de quelqu’un et de se taire. Assis côté à côte, pas en face car le visuel l’emporterait : pour laisser voguer son esprit il faut avoir le regard libre. Attendre que les mots viennent naturellement, ou qu’ils ne viennent pas. Apprécier une présence, se sentir libre d’être. Puis parler à bâtons rompus, sans prévision. Se laisser porter par le moment.

Assis face à la mer, regarder sans vraiment les voir les vagues, les bouées, le monde, les bateaux. La mer sous la pluie est une source d’inspiration. J’aime le souvenir de ces jours gris d’été, quand tout le monde enfile son imperméable et ses bottes de pluie et change sa routine quotidienne pour un jour plus recueilli. J’aime la marque des gouttes de pluie sur le sable. J’aime le vent et les cheveux en vrac, ne plus ressembler à rien et s’en fiche, en être heureux. J’aime la solitude que ces jours m’évoquent, quand les autres marchent courbés, pressés de retourner chez eux, me laissant à moi toute la place, toute la vue, tout l’espace.

Assis à une terrasse de café, à regarder les gens passer, à entendre des bribes de conversation. Se laisser bercer par l’animation autour, et être dans un autre monde.

J’ai toujours aimé m’asseoir en terrasse de café pour regarder les autres. Enfin, j’ai toujours aimé l’imaginer. En imagination je peux y rester des heures, fascinée, absorbée. Des idées me viennent spontanément, la lumière se fait, des éléments de réponse nouveaux, des angles de vue inédits. Dans la réalité je n’ai jamais trouvé de siège suffisamment confortable pour y rester des heures. Je finis toujours par me tortiller d’énervement et je rends les armes. Ma terrasse de café est dans ma tête, elle fait partie de ces lieux que j’aime, ceux d’où je peux observer sans être vue. Mon avis est que je revisite le concept du landau.