Les blogs des autres

Le blog est au forum ce que le gang bang est à la partouze. Une personne au centre et les autres – les commentateurs et lecteurs – qui gravitent autour.

Le blog permet la parole sans être interrompu. Elle y est assurée même si elle n’est pas lue. On s’y exprime quand on se sent perdu dans la masse de gens similaires ou quand on ne sait pas à qui s’adresser. On y va à la rencontre de soi-même. Le blog est le refuge des gens fondamentalement seuls.

Les autres, ceux aux innombrables fans et followers, ceux qui sont partout en même temps, forums, Instagram, Twitter, etc, ne m’intéressent pas car je considère que ce sont des gens publics qui suivent une mode. Je ne m’intéresse qu’à ceux qui cherchent à se construire et qui choisissent le blog.

Bloguer c’est s’avancer face au vide. On ne suit pas une conversation générale ou les sujets à la mode, on parle de son actualité personnelle. Ce qu’on s’apprête à dire n’est pas toujours conventionnel ou dans l’ère du temps. Comparé au forum dans lequel on peut se dissimuler derrière les autres sans réellement prendre position, le blog est une vraie prise de risque.

Bloguer, c’est recevoir soi-même les échos de ses pensées, c’est se remettre en question dans le silence.

Blogueurs

Parmi tous ces blogueurs il y en a qui m’inspirent.

Des dans lesquels je me reconnais et qui me font travailler sur moi-même, d’autres qui m’apportent des lumières sur mes relations passées. Les lire me permet de comprendre, entre autre, pourquoi ça ne pouvait pas fonctionner. J’ai le regard plus critique, plus analytique, plus froid aussi.

D’autres blogueurs semblent avoir atteint une sérénité qui me fait envie. J’ai le sentiment qu’ils s’adressent directement à moi, qu’une sorte de lien invisible les a fait sentir ma présence et mon état d’âme. Ce qu’ils me disent m’apaise, j’ai le sentiment d’être comprise, et ça me donne envie de me comprendre moi-même.

Relation passée réactivée par substitution

D’abord, lorsque je découvre un blogueur qui me rappelle une connaissance, seule la ressemblance me saute aux yeux. Même si la relation est à sens unique puisque je reste silencieuse, la magie opère quand même. Je retrouve mes émotions de la relation passée. Je retrouve aussi l’obsession qui me sert de moteur.

Au bout de quelques temps des idées se forment dans mon esprit. Un malaise s’installe parfois, le même que celui que je ressentais dans la relation mais sur lequel je n’avais pas réussi à mettre de mots. Ici, à force d’être immergée dans l’univers d’une personne dont je contrôle les apparitions, je me donne la possibilité de comprendre ce qui me gêne, et j’apprends sur moi.

Ce qui dans le passé n’avait pas été faisable car j’étais ballottée par les bourrasques de la relation est rendu possible par l’observation, à mon rythme, d’une ressemblance. Grâce aux blogueurs je parviens à me détacher profondément d’une relation, et c’est avec tranquillité que j’en fais mon deuil.

L’envie de me comprendre

Pour qu’un élan intérieur me réveille, j’ai besoin d’un aiguillon.

Ceux qui me donnent l’impression qu’ils me comprennent en sont un. Sans le savoir, ils m’encouragent à m’aimer moi-même. Je me dis que s’ils sont aussi généreux et bienveillants à mon égard, c’est que je dois pouvoir l’être aussi. Je me regarde alors avec plus de tendresse que je n’en manifeste d’habitude.

Mais ceux qui m’énervent jouent aussi le rôle d’aiguillon ! L’agacement intense qu’ils provoquent m’oblige à réfléchir. En quoi je suis comme eux, en quoi je ne le suis pas ? Pourquoi une telle réaction épidermique ? Et surtout, pourquoi continuer à les lire ?!

Les premières questions trouvent leurs réponses dans l’analyse de ce qui me mets hors de moi. Quant à mon assiduité, j’y vois le besoin d’une piqûre de rappel. Y retourner, affiner mon analyse, laisser le temps à mes réflexions de s’ancrer jusqu’à se fondre dans ma structure personnelle.